Je suis chaque fois fasciné par cette bourgade ancienne où les tracés sinueux des rues révèlent les contours des anciens fossés médiévaux, vestiges d’un passé défensif longtemps oublié. En observant les linteaux gravés des maisons datées des XVIIe et XVIIIe siècles, je mesure combien le village s’est développé sous l’influence des seigneurs locaux et des échanges liés aux anciennes voies commerciales qui longeaient la Zorn. L’église Saint-Martin, orientée légèrement vers le nord-est, suit une orientation liturgique traditionnellement liée aux pèlerinages vers Saint-Jacques-de-Compostelle, et non simplement à l’est comme pour les églises classiques alsaciennes. Cette singularité témoigne d’une volonté locale d’affirmer un lien spirituel particulier au Moyen Âge. Les colombages des bâtisses témoignent eux d’époques successives où l’usage des bois locaux variant entre le sapin et le chêne révèle aussi l’évolution économique du village, notamment l’importance croissante du textile artisanal jusqu’à l’industrialisation naissante au XIXe siècle. Chaque encorbellement, chaque pierre de grès rose racontent l’histoire d’un lieu où se superposent les strates du temps, des cens collectés aux bans communaux réglant jadis les droits de pâture, jusqu’à la mutation de la vie rurale en une cité plus ouverte sur les grands courants historiques de la région. Le visiteur attentif retrouve ici la mémoire d’un monde où la pierre parle et où chaque ruelle est une archive à ciel ouvert.
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